lundi 28 octobre 2013

Ventre qui donne la mort, Ventre qui donne la vie.

Je n'oublierai jamais. On oublie jamais. Bien entendu avec le temps, les années, d'autres grossesses, des naissances, la douleur s'estompe.
Mais pour moi comme pour de nombreuses autres femmes, de nombreuses autres mères, l'année est rythmée d'anniversaires et de non anniversaires.
Les non anniversaires c'est comme cela que je les appelle maintenant. Ces jours noirs ou j'ai perdu un enfant.

On oublie pas mais comme les tissus qui prennent trop le soleil ces souvenirs perdent leurs couleurs.
On retient les dates. On retient... les gens.


On se souvient de ceux qui étaient au courant et qui ont été heureux pour nous avant de nous épauler dans la douleur. Et on se souvient des mots qu'il a fallut trouver pour leur annoncer. Puis bien avant ça on se souvient du moment. Ce moment ou on nous a dit. Le regard. L'expression. Le médical et son indifférence.
Un médecin qui vous lâche que vos taux ont baissés.
Un autre qui vous tend une ordonnance pour un curetage sans un mot et qui devant votre incompréhension vous lance un: Ben faut nettoyer tout ça!
Je n'ai pas non plus oublié celui qui m'a dit qu'il ne pouvait rien pour moi. Que mon enfant aurait surement été tarés ou mongol. Que la nature était bien faite... Pourtant même différent cela aurait été mon enfant. Et je l'aurai aimé tout pareil.
Et toutes ces fois ou à la place de la gentillesse bienveillante à laquelle on s'attend on se heurte à des sourires narquois et de la gêne.
C'est là que j'ai compris que j'étais une paria. Un ventre qui donne la mort.
Les ventres qui donnent la mort dérangent. Les ventres qui donnent la mort n’intéressent pas grand monde.
Les femmes subissent près de 200 000 fausses couches par an en France, pourtant les médecins sont toujours aussi peu formés à l'accompagnement des femmes qui les vivent.

Les questions de la "non enceinte" restent généralement sans réponses. Pourquoi? Solution? Répétition? Personne ne sait rien. Personne ne cherche a savoir. Personne ne vous console.  On vous orientera vers une solution d'expulsion. Médicale ou naturelle? Peut importe. Les deux sont douloureuses. Dans les deux cas vous repartirez en sachant que vous avez porté la mort. Dans les deux cas vous arrêtez de compter les semaines. Dans les deux cas votre monde vient de s'écrouler. Et?
On vous dira juste: De ne pas oublier de régler à la sortie.


Plus de pavés chez:
The Bookofmum, Se justifier...

29 commentaires:

  1. Il devrait exister un vrai suivi pour accompagner les parents dans cette épreuve qu'est la perte d'un bébé.
    Très beau billet, douloureux mais nécessaire ♥

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    1. Tu fais bien de le préciser: un "vrai" suivi <3

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  2. Les médecins sont très peu doués à croire qu'ils ne sont plus humains ou n'ont plus le temps de l'être....
    Ce soir être sur une telle situation je ne peux que l'imaginer.
    Au passage, tu as oublié le mien, normalement il a été programme ce matin.
    Bises

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    1. Je crois surtout qu'ils adoptent un détachement qui n'a pas lieu d'être face à la douleur. Surtout ce genre de douleur. Il suffirait de peu de choses. Du respect avant tout pour le bébé. Une mère qui perd son enfant n'a pas envie de s'entendre dire que ce n'était pas un bébé. Une mère qui perd son enfants n'est pas en situation d'avortement.

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  3. je peux comprendre... Tout ce que l'on a trouvé à me dire c'est "c'est la faute à pas de chance !". Super et merci ! Maintenant je ne peux plus avoir d'enfants naturellement mais ca il a fallu que je le gère seule dans ma chambre d’hôpital et seule en rentrant car pas de suivi. Le plus dur, c'est quand ma fille me dit qu'elle veut un petit frère ou une petite soeur... et la je lui explique comment à ma fille de 3 ans ?
    Bref, ton billet me réconforte et me permet de me sentir moins seule.
    Merci à Toi Mère Cane <3

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    1. Merci a toi Dorothée <3 Me sentir comprise et pouvoir aider en en parlant c'est génial! Tu n'as vraiment plus d'espoir de ton côté?
      Je t'embrasse.

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    2. Naturellement, c'est mort, je n'ai plus de trompes. Il me reste la FIV mais c'est dur... dur à accepter.

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  4. J ai perdu un bebe a 33 semaines de grosesse...un ventre qui donne la mort c est exactement ca...

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  5. Le 17022011 ton message me parle énormément un ventre vide qui a donné la mort...
    Pourtant certains hopitaux maintenant aident les maman (louis mourier a colombes) tant le chef de la maternité que les sages femmes m ont aidé a passé cette epreuve ils ont été doux et prevenant. j ai perdu mon fils a 6 mois de grossesse j ai du accouché d un bebe mort... j espere que le staff medical fera un effort car les fausses couches se produisent beaucoup plus qu on le pense.

    Bises

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    1. Oh bonjour et merci de l'information. Je vais pouvoir conseiller d'y aller alors. C'est rare un réel accompagnement physique comme mental.
      Bises

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  6. Beaucoup de douleur . ....Je la ressens encore . Mon ainé a 41 ans , mon plus jeune aurait 29 ans et quand on me dit '' vous n'en avez qu'un '' , je réponds que j'ai deux enfants ! Et on me regarde encore d'un air vague !. A cette époque , ma famille s'est trouvée démunie pour nous accompagner . Le papa n'a pas supporté cette souffrance , il a quitté la maison ( notre aîné avait 10 ans ) pour revenir quelques jours plus tard et s'engouffrer dans une dépression qui a duré +d'1 an . Qu'est-ce que je pouvais faire sinon tenir bon .
    Il me semble , qu'à présent, le deuil périnatal est mieux accompagné , un jeune couple de mon entourage , a perdu une petite fille 8 jours avant sa naissance ,( avec cette épreuve indicible de l'autopsie ) les parents et leurs proches ont été entendus et soutenus . Ils ont eu 2 garçons depuis , ils fêtent chaque année l'anniversaire de leur 1ère née dans la discrétion et l'intimité de leur foyer et tout le monde partage en pensée ce moment . Je ne sais pas si on peut parler de guérison ....moi , je n'ai jamais oublié alors tendresse à tous les parents .

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  7. Très triste cet article. A vrai dire je ne sais pas quoi dire, je ne trouve pas les mots, mais j'imagine vraiment ce que tu peux ressentir, ma Maman a perdu 2 bébés et j'étais là, petite mais consciente de sa douleur. Triste pour elle.
    Courage !!

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  8. On en a parlé hier, mais je suis d'accord avec toi ce qui fait cruellement défaut dans ces épreuves c'est ce manque d'humanité, ce manque d'information .
    Lorsqu'une telle chose nous arrive on est fragiles, on se sent vide et parfois coupables ...
    Un mot réconfortant, une main sur une épaule, un discours rassurant .... voilà ce qu'il manque au corps médical ...

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  9. comme ton texte me parle tellement... je me souviens de cette maudite journée comme si c'était hier. De tous les détails, de tous les regards et des mots prononcés.
    Bises

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  10. Quelle horreur, c'est une honte de telles réactions.
    Heureusement que vos proches été là pour trouver les mots, les bons mots.

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  11. j'ai eu plus de bol que toi pour ma fausse couche parce que j'ai été "mieux" traitée ... sauf par une interne aux urgences pour vérifier que j'avais tt perdu et que je n'avais pas besoin de curetage qui m'a examinée comme une animal !!!! mais j'ai bien intégré que ce bébé de deux mois n'était pas viable et qu'en effet la nature était bien faite. Ma gynéco à Paris a assuré et m'a expliqué ça d'une telle manière que ça m'a aidé. J'en ai quand même pleuré pdt des mois (alors que cet enfant n'était pas encore voulu, ça faisait que 4 mois que j'étais avec l'Homme ... mais nous l'aurions gardé) ... je sais juste que si la grossesse était arrivée à terme j'aurais aujourd'hui un enfant de 10 ans ! ça a été un moment super difficile mais j'avoue qu'un enfant à ce moment aurait courtcicuité pas mal de chose ds la construction de notre relation.

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  12. Je suis contente de ce texte ! Merci ! Cela fait tellement de bien de ne pas se sentir seule ! Pour ma part cela ne fait "que" 5 mois et j'ai toujours beaucoup de mal à m'en remettre... Heureusement que je suis tombée (par hasard) sur une psychiatre qui m'aide à tenir le coup parce que celle de la maternité n'a jamais daigné me rappeler après ma fausse couche, malgré mes nombreux messages ! Dans mes moments de lucidité, je me dis que le manque de formation et prise en charge du corps médical sont un scandale (j'ai juste eu droit à un "pas de bol" sans proposition de suivi suite à mon curetage) et qu'il est urgent de faire quelque chose ! Certes tout le monde se cache derrière la "banalité" des fausse-couche qui malheureusement sont bien plus fréquentes qu'on ne le croit mais faut-il pour autant en négliger les conséquences psychiques, physiques, sur le couple... Connaissez-vous d'ailleurs des associations qui militent pour une meilleur prise en charge des fausses couches et du deuil périnatal dans nos sociétés ? Si nous sommes si nombreuses et que la douleur ne s'oublie pas, pourquoi a-t-on tant de mal à nous faire entendre ? Je suis persuadée que c'est surtout comme tu le dis un sujet "tabou", celui du "ventre qui donne la mort" ou du moins qui la porte... Chut, n'en parlez surtout pas au futures mamans !

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    1. Il existe des associations de soutien aux familles touchées par le décès d'un bébé
      L'une d'entre elles est : www.nostoutpetitssavoie.monsite-orange.fr .
      ''Notre association, référencée sur le site du Ministère de la Santé dans le cadre du partage d’expériences, a plusieurs objectifs :

      accompagner les parents endeuillés par le décès d’un tout-petit
      sensibiliser les soignants et contribuer à ce qu’ils proposent aux familles un accompagnement de qualité.
      favoriser la reconnaissance médiatique, juridique et administrative du deuil périnatal

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  13. Magnifique ton billet, qui résonne douloureusement en moi...

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    1. Merci. Je pense que ce ne sera pas le dernier :/

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  14. J'ai fait 4 fausses couches et je peux dire que j'ai tout vu: des internes qui rigolent au chirurgien plein d'humanité qui ne voulait pas que je voie l'échographie avec ce battement de coeur affaibli. Une fois, on m'a laissée souffrir pendant plusieurs semaines avant de me faire un curetage puisque "ça s'accrochait"... Et puis un jour "ça" a tenu et il a 3 ans et demi maintenant ! J'ai été suivie sur la fin de ma grossesse par ce même chirurgien qui m'avait fait un curetage et elle m'a écrit une très belle lettre quand je lui ai envoyé le faire-part !

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    1. Magnifique! Tu as pu boucler la boucle! C'est tellement important!

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  15. Il est vrai que dans les différents services, la compassion, la gentillesse, les mots justes manquent.
    Il faut souvent se tourner vers le privé, sage femme libérale pour recevoir les réponses attendues, une écoute attentive et réparatrice.
    J'ai eu la chance pour ce premier bébé de ne pas connaître la fausse couche mais j'ai vu les ravages sur mes copines.
    Il s'agit avant tout d'un manque de formation des différentes équipes...
    C'est un très beau billet ma belle ♡

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    1. Je crois que c'est cela le pire! car on s'attend a de la compassion et de la douceur :/ Mais c'est tout le contraire.

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  16. Tu m'as donné des frissons la. Quand ça m'est arrive, ce qui m'a le plu choquée,c'est de me retrouver au sevice pré natal, d'abord, avec les femmes qui allaient accoucher, et après,, bien sur avec celles qui avaient leurs bébés. C'est inhumain. Et tout le monde s'en fiche! C'est plus pratique dans l'organisation de l'hôpital, tu peux crever de chagrin à côté, c'est pas leur problème.
    Euh, je me' emporte. Pour finir sur du positif, j'ai 5 enfants aujourd'hui!

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    1. Oh pareil :/ Et cette douleur de voir les autres heureux alors que nous souffrons :/

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  17. Quel triste billet et pourtant comme cela fait du bien d'en parler car on se sent si seule au monde quand cela nous arrive, d'autant plus seule que pas un seul instant on a pu s'imaginer que cela pouvait nous arriver.
    Cela m'est arrivé deux fois, le rendez-vous tant attendu avec mon bébé, entendre son petit coeur mais plus rien... Le sourire gêné du médecin qui vous tend une ordonnance pour avorter chez vous sans une explication sur ce qui va se passer dans votre corps et votre esprit.
    Ce ventre comme un champ de guerre, la douleur terrible, tout ce que l'on voit partir dans la cuvette des toilettes, comme les déchets... Cette humiliation n'est rien à côté de la douleur de ce que l'on a ressenti. J'ai mis des semaines avant de pouvoir verbaliser à mon mari que j'avais vu partir la poche dans laquelle se trouvait mon bébé... C'était indicible...
    Quel manque d'humanité, à défaut de formation, de la part du milieu médical. Est-ce tellement banal comme évènement ? Il y a certainement pire, aucune d'entre nous n'en doute, mais quand même...
    J'en ai beaucoup voulu à mon gynéco de ne pas m'avoir prévenue sur ce qu'il allait se passer et de ne pas m'avoir laissé le choix entre un curetage et un "nettoyage" médicamenteux (soit disant plus naturel...). On est tellement assommée lors de l'annonce d'une fausse couche que l'on s'en remet totalement à son praticien. Comme on est vulnérable à ce moment-là !
    Il m'a juste dit de prendre ce médicament et que j'aurai mes règles !! Lorsque je suis retournée le voir, je lui ai expliqué que cela n'avait pas été précisément des règles !! A constater son expression mi-ahurie mi-dubitative, je me suis même demandée s'il savait réellement comment fonctionne un corps de femme... Il m'a dit que j'avais mal vécu cet évènement car j'avais investi cette grossesse comme si j'attendais un enfant alors que ce n'était qu'un foetus ! J'ai failli lui sauter à la gorge. Il ne doit son salut qu'à la solide éducation que m'ont inculquée mes parents... Je lui ai répondu que je le mettais au défi de demander à n'importe femme qui est enceinte, et ce à la minute même où elle l'apprend, si elle attend un enfant ou un foetus !! Je lui ai également dit que c'était la gangrène de notre médecine occidentale de séparer la souffrance du corps de celle de l'esprit et que je ne doutais pas que c'était certainement ce double aspect de notre humanité qui l'avait sans doute poussé à être médecin et non vétérinaire (avec tout le respect et le bien que je pense des vétérinaires) ! Il est resté sans voix et nous en sommes restés là... Il reste au milieu médical beaucoup de chemin à parcourir encore... Mais une chose est sûre : le réconfort, malgré la grande solitude que provoque une telle perte, je l'ai trouvé auprès des autres femmes qui ont vécu la même chose : amies, collègues, voisines, anonymes... Ces femmes, on les reconnait parce qu'elles ne vous disent pas :"c'est la nature", "ça vaut mieux comme ça","c'est pas de chance","ça ira mieux la prochaine fois". Elles vous prennent juste la main, vous regardent au fond des yeux et vous disent seulement "je sais, je te comprends". Et là, on sent qu'on peut baisser la garde, qu'on n'a pas besoin de se justifier, ni même de parler, on a même le droit de pleurer, de tout lâcher parce qu'on est avec une soeur. Je crois vraiment les filles que cette épreuve fait de nous des soeurs ! Et comme nous sommes nombreuses !
    J'ai aujourd'hui deux belles petites filles et la seconde, que j'ai failli perdre à 4 mois de grossesse, je la regarde toujours comme un petit miracle, je suis toujours étonnée de la voir faire les choses qui me semblaient tellement évidentes pour sa soeur ainée.
    Et au fond de mon coeur je garde bien au chaud, comme un petit secret, les deux petites âmes qui s'en sont retournées.

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    1. j'ai pleuré en lisant ton commentaire. Je n'ai pas honte de le dire. Merci. Tu as tout dis. Merci.

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