mardi 17 janvier 2012

Pourquoi abandonner son bébé?

C'est la question que posait une voisine à une autre voisine au coin de ma rue.
La question a plané un instant dans l'air, comme un papillon qui doucement se meurt et puis tombe sans bruit. La question n'a pas eu de réponse. Que répondre à cela? Que dire quand on trouve un papillon mort?
Moi je sortais acheter mon pain. J'étais là, debout sous le réverbère et je repensais à cette journée. C'était encore les années 90. J'avais 16 ans. J'étais en Première au Lycée Schoelcher, en Martinique. Il faisait chaud. Je m'en souviens très bien de cette journée qui avait pourtant commencé tranquillement.

Il faisait chaud! Une chaleur infernale. On avait laissé ouvertes toutes les fenêtres l'air était lourd, les oiseaux ne chantaient pas ce matin la. Je me souviens au moment de la première récréation de notre effarement en voyant dans la première cour les voitures de police et puis les pompiers et même les gendarmes!

Un accident? De la drogue? Une arrestation? Les rumeurs allaient bon train! Tout le monde voulait savoir ce qu'il en était! Mais on savait juste une chose:
-Les portes avaient été fermées! Personne ne rentrait, personne ne sortait!

Je me souviens de tous ces regards fiévreux, de l'odeur de poussière et de sueur. je me souviens du moment ou l'information est arrivée jusqu'à moi. J'ai vu peu a peu les regards changer de nature. Ceux des garçons horrifiés et suspicieux regardant avec insistance toutes les filles autour. Les fouillant cherchant des preuves, des indices. Et puis celui des filles horrifié et aussi autre chose du dégout, de la tristesse, de la honte aussi et ce même regard inquisiteur sur les autres filles. Mais dans toutes les bouches ces mêmes mots répétés en boucle comme une litanie, un mouvement de vague, ce même mot:
-Monstrueux...

Car la personne qui avait fait ça, ne pouvait être qu'un monstre. Il était impossible que son ignominie ne puisse se lire sur son visage. Et tous cherchaient la coupable!

Quelle fille, quelle camarade avait bien pu porter un enfant en secret à notre insu à tous?
Quelle amie, quelle copine avait pu se rendre dans des toilettes crasseuses, seule en début de matinée pour y accoucher sans un bruit?
Quelle personne pouvait ensuite abandonner son nouveau né gémissant et sans défense dans la poubelle de ces mêmes toilettes? Pour retourner tranquillement comme ci de rien n'était en cours?
Mais qui pouvait bien être ce MONSTRE?

Heureusement le bébé n'était pas mort. Une fille qui se rendait aux toilettes l'avait entendu geindre du fond de sa poubelle et avait donné l'alerte.
Restait à trouver la coupable...
Sur le coup ses motivations, sa douleur à elle. Tout cela ne comptait pas. Nous ne pouvions imaginer sa douleur.
Bien plus tard nous saurions son calvaire. Les viols répétés. Le silence imposé. La peur. La Honte.
Nous la prenions pour un Monstre elle était aussi Victime que son enfant.

J'aurai pu raconter cette histoire à mes voisines essayer de leur faire comprendre qu'elles auraient beau essayer elles ne comprendraient pas les motivations de cette femme.

Moi depuis ce jour, je préfère me tourner vers la vie. Aider ces enfants à grandir malgré l'absence. Aider ces femmes à se reconstruire malgré leur geste. Sans chercher à comprendre. Sans chercher à Juger.

Si vous souhaitez aider un enfant, devenir parrain ou bénévole et même faire un don vous trouverez tous les renseignement ICI sur le site du Centre Français de Protection de l'Enfance.
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7 commentaires:

  1. il y a bien longtemps, presque dans une autre vie, j'aurai jugé moi aussi. Quel monstre pour faire ça?! Et puis entre temps j'ai pratiqué un métier qui m'a ouvert les yeux, l'esprit. Puis encore plus tard, j'ai voulu des enfants, sans pouvoir en avoir. Aujourd'hui j'ai 2 enfants. une dont je connais l'histoire, l'autre dont on ne sait rien. Quand je pense à leur mère bio, j'imagine tout... le pourquoi... le comment... peu importe en réalité les histoires (façon de parler!)...parce que de mon point de vue égoiste, sans leur geste, je ne serai pas maman des CES deux enfants. j'imagine l'horreur qu'a dû vivre cette lycéenne... je pense à ce bébé qui a débuté dans la vie avec un déjà trop lourd passé...
    un jour je parrainerai un enfant. Ce sera encore une autre démarche.

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  2. L'abandon est bien souvent un ultime acte d'amour desespéré...

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  3. Souvent ce genre d'histoires mène à des réactions fortes, violentes... Il est pourtant difficile de juger ce qui a pu pousser une mère à une telle chose. Sans justifier ou excuser, on peut tout de même essayer de "comprendre". Mais moi même, il m'est arrivée de juger... et de comprendre ensuite que c'est parfois plus complexe qu'il n'y parait.
    Ton article interpelle en tout cas, j'espère qu'il sera lu par un grand nombre !

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  4. très beau post avec un thème pas facile et sans aucun jugement, merci la Mère Cane !
    Si tu as le temps j'avais écrit ça il y a un an presque : http://babidji.blogspot.com/2011/04/boites-bebes.html
    je sais que la jeune-fille de ton lycée n'aurait pas eu le temps d'y aller à l'hosto mais plutôt que de tt le temps juger il est bien parfois d'essayer de comprendre même si ce n'est pas facile !

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  5. Un bel article en effet... Cela a du être dur pour cette jeune fille. Avoir un bébé à 16 ans, ça ne doit déjà pas être facile. Alors dans ces circonstances... Après, de là à le laisser pour mort? Je ne sais pas, dans ces circonstances, ce que j'aurai fait. Je ne le saurai jamais.
    J'en ai les larmes aux yeux...

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  6. Bel article et profond, je me permets de le partager sur ma page Facebook ...

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  7. J'ai lu un article sur les abandons en Grèce ces derniers mois !
    Je pense que c'est très difficile d'abandonner un enfant mais quelques fois on n'a pas le choix car on ne veut que son bien, une bonne famille qui peut l'élever correctement.
    Dans le cas de cette jeune fille, je la comprends, même si cet enfant est sa chair mais sa chair meurtrie... et après avoir vu des reportages je pense que ces femmes/filles qui ont des enfants issus du viol j'ai vite compris que leur vie était 9/10 un enfer avec cet enfant surtout qu'il rappelle sans cesse l'événement et 2 fois plus quand il ressemble au violeur !
    Très bel article !

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