mardi 13 septembre 2011

Et Après...

Je me revois assise sur le lit à la maternité. Je suis prête depuis longtemps. Nos affaires sont rangées, la valise bouclée. A coté de moi dans ton berceau en plastique, tu dors. Tu ne sais pas qu'aujourd'hui nous sortons. Tu ne sais pas que nous rentrons à la maison. Moi je le sais...et j'angoisse.

Il y a encore quelques heures, j'étais si excitée, contente de quitter la maternité et cette chambre que j'ai détesté au premier regard. Mais les minutes passent et l'attente me pousse à me questionner. Suis je prête? Tu es si petit, si dépendant de moi. Et si je faisais une bêtise, si tu tombais malade. Les larmes montent. J'ai presqu'envie de ne plus sortir. Rester ici où tout est rythmé. Où l'on me donne tous les matin ta température où l'aide est à portée de bip! Mais il faut déjà partir. Bien te couvrir dans ton nid d'ange, tu ne te réveilles même pas. Installer la coque. Se tromper, recommencer. Tu dors. Rouler, rouler et respirer l'air vif. Rentrer et te poser endormi dans ton berceau.

Dans ta chambre en te regardant dormir, si petit dans ce grand lit. Si fragile, je réalise l'ampleur de la tâche. Cette prise de conscience m'épuise d'un coup. Et cette question toujours: Serai je à la hauteur?
Je fais le tour de la maison. Je range un peu, j'oublie de me reposer, je te guette.
Comment vas tu réagir en t'éveillant dans cette pièce inconnue? Seras tu apeuré, étonné, émerveillé? J'ai peur. Une peur diffuse, une peur sourde de cet océan d'inconnu qui se déroule sous mes yeux. Je mange un peu quand tu te réveilles. Un long sanglot déchirant. Tu pleures. J'accours. Ce schéma se répétera. et se répétera...
Tu pleures. Tu pleures tout le temps. Je n'imaginais pas qu'un si petit être pouvait pleurer autant.
Tu pleures de faim et tu manges. Tu pleures de douleur et j'apaise tes coliques comme je peux, plus ou moins efficacement. Tu pleures de frustration et je te distraie. Tu pleures sans que je sache pourquoi ni que faire.
Mes interrogations du début on laissé place à une immense fatigue. J'ai cessé de me questionner. J'agis. Je te nourris, je te berce, je te baigne, je te change, je te nourris, je chante, je te nourris, j'accours, je veille, je berce, je cours, je te nourris...
Spirale infernale dans laquelle je m'enfonce, sans voir le bout du tunnel. Ton père accuse lui aussi le coup. C'est que tu es fort présent. Personne ne nous avait dit :
-que tu mangerais effectivement toutes les 2 heures,
-que tu aurais des coliques que tu pleurerai autant,
-que ce serait si compliqué d'éviter les fuites avec ces fichues couches.
-que tu refuserais de dormir dans ton couffin, préférant le lit de papa maman.
-que tu ne supporterais pas les turbulettes, contraignant ta mère, contre avis pédiatrique, la peur au ventre à te couvrir d'une couverture.
-que tu refuserais aussi de dormir sur le dos. Obligeant tes parents déjà anxieux à guetter le moindre ralentissement de ta respiration.
-que ce serait si compliqué de donner un bain à un si petit bébé.  Et de faire tous les soins sans en oublier un seul:
Les yeux : faits!
Le cordon : fait!
La couche: mise!
La crème hydratante: passée!
La crème pour le visage: posée!
Le body, la combinaison, le petit bonnet, les chaussons! J'ai tout bon? Tic tac Tic tac...Encore raté!
Cette fois il manque juste: La crème protectrice pour les fesses, le nettoyage des oreilles et celui du nez!


Mais personne ne nous avais dit:
-que malgré notre fatigue, nous serions si heureux.
-que chaque jour à partir de ce moment là serait si différent du précédent.
-que nous savourerions chacune de tes découvertes et de tes acquisitions.
-que nous serions si fiers d'être parents.
-que nous t'aimerions à en crever!

Aujourd'hui, j'ai encore des interrogations et des craintes. Je sais qu'il nous reste tant de chemin ensemble! Mais aujourd'hui comme ce premier jour, j'ai hâte malgré mes peurs et le cœur plein de joie.


9 commentaires:

  1. Tout le paradoxe de l'amour parental....

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  2. Splendide, émouvant ! J'adore !

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  3. C'est vrai qu'on est pas préparés à tellement de choses ....mais on s'en sort aussi bien que mal, en faisant de notre mieux (et dans le stress parfois !!??) ...

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  4. Le grand bouleversement de la maternité en somme ! Très beau billet ;-)

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  5. Je te hais mais je t'aime tellement ptit mieuche !

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  6. Très joli texte... et un jour, le petit caneton le lira...

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  7. Tu m'as donné envie de raconter nos premiers mois ! Depuis le temps que je me suis promis d'écrire ça, avant de l'avoir totalement oublié. Ces fameux 3 premiers mois, si durs, si intenses, si plein d'émerveillement.
    Et ce fameux instant du retour à la maison, tant attendu et en même temps, où on se sent si bêtes et démunis une fois le couffin posé dans le home sweet home...
    C'est vraiment ça ! Un texte juste et touchant.

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  8. c'est trop beau! tu as ecris noir sur blanc mon sentiment de maman.
    C'est dur mais on y arrive, comme si on avait toujours su le faire. Parce que bb est la, parce que c'est comme ça, parce qu'on l'aime tout simplement...

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  9. Magnifique texte !! j'aime j'aime j'aime !

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